jeudi 27 mars 2008

On oublie rien de rien... Mais on a besoin de quelques post-it quand même.

Vous l'ignorez peut-être encore mais j'ai eu la langue percée pendant près de trois ans il y a près de trois ans. Je ne l'ai pas fait pour faire la coquine, ni pour être à la mode. Je l'ai fait pour ma Maman. Si elle lit ça, elle doit déjà être tombée de l'armoire. Ma maman a eu un cancer du sein et quand tout a été terminé, je me suis dit que je ne devais jamais oublier à quel point la vie peut vous échapper, à quel point vos peurs peuvent vous rattraper quoique vous fassiez. Un an plus tard, nous avons craint une rechute. Et j'ai réalisé que j'avais oublié mes serments de ne plus m'emmerder pour rien alors que tout passe si vite et pourrait être tellement pire. Et pour être sûre de m'en souvenir je me suis fais faire ce piercing, caché, rien que pour moi, pour me rappeler qu'il y a des peurs bien plus terribles que celle-là, que je croyais insurmontable, qui se réalisent alors qu'on ne les veut pas dans sa vie, contrairement à cette peur de me faire trouer la langue. Le fait de surmonter une peur de plus, qui confinait chez moi à la phobie, ne faisait que renforcer l'héroïsme du symbole...
Et bien mes amis, le type aux grandes dents qui chantait qu'on n'oublie rien de rien, qu'on n'oublie rien du tout, qu'on oublie rien de rien, qu'on s'habitue c'est tout, j'aurais deux ou trois mots à lui dire. Parce que si, on oublie. Et se souvenir de ne pas se laisser emmerder par soi-même est un combat quotidien. En particulier pour les gens qui, comme moi, sont facilement sujets à la dépression et qui n'ont plus de Percevalve à chérir (j'aimerais que vous suiviez un peu, c'est dans la note juste en-dessous, c'est pas comme si j'alimentais ce cher journal tous les jours...).
Mais la féroce ironie de la vie a à coeur de placer sur mon chemin des exemples criants de son impensable pouvoir. Regardez autour de vous, vous ne pourrez que convenir. Aujourd'hui dès que je me suis pris la tête, un paralytique a traversé derrière moi, un accident de voiture s'est produti sous mes yeux, un interlocuteur s'est mis à pleurer un drame inracontable. Et mentait peut-être.
Alors croyez-moi, ce soir, je quitte le bureau avec le sentiment du devoir accompli, un crédit conclu, une famille pas si loin que ça, une maison presqu'à moi et un amoureux qui va prendre cher parce qu'il le vaut bien. Si je pouvais l'avoir tous les jours planté dans la langue celui-là... (Il sait que je suis une psychopathe). Ca le fait non ?

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