mercredi 2 avril 2008

Mardi 1er Avril 2008 : Moisson de poissons

Avez-vous survécu au 1er Avril ? Moi, oui, même si je dois avouer ma profonde déception. Pas de poissons dans le dos, pas de seau d'eau sur la porte, pas de sel dans mon thé... Pfffffffff... Tout fout le camp. Ma banquière furieuse que je parte ailleurs m'a bien arrosée de propos fielleux, histoire de m'ôter tout scrupule, mais voilà tout ce que j'ai récolté.

Jusqu'à ce que je rende visite à ma boîte mail à la pause-déjeuner. Une hilarante hilettre m'attendait, celle de L'internaute qui s'est vraiment mis en quatre, je dis "bravo le gars Linternaute!". Des titres comme Tirez parti de tous vos défauts : la mode est au naturel, montrer vos cernes et vos boutons..., ou "Nouvio : Cht'Internaute en Ch'timi L'Inchtiernaute a chingé pu ed' 892 miyons ed' pach' et d'artik en Ch'timi, tout cha pour vot' pu grin bonheur"... Rien de tout ça ne m'avait alertée. Mais je suis tombée en arrêt devant un article consacré à l'engagement de Sébastien Chabal, parrain de la Journée du Poil le 6 Août prochain...

J'ai cliqué, l'oeil plein d'espoir et le doigt tremblant de désir sur ma souris. Qu'on me comprenne : pour sa rutilante chevelure et ses puissantes épaules, mon amoureux a été surnommé "Chabal" pendant toute la coupe du monde de rugby, qui coïncidait avec notre rencontre. Certes, l'usage de ce surnom a été limité à mon oncle et aux ouaich-ouaich ("racaille" en montpelliérain) des alentours de la gare (quartier qui, comme chacun sait, craint dans toutes les villes du monde). Mais n'empêche. Quand je vois Chabal, je me sens tendre.
Au demeurant, je trouvais l'idée excellente. L'anti-poilisme primaire et viscéral qui sévit dans nos contrées m'irrite autant que la vue de mes jambes mal épilées. On ne peut pas tout sacrifier pour ses idées alors je le crie haut et fort, j'aime le poil autant que j'aime être lisse. Et puis zut si c'est pas cohérent, je suis une fille, je ne suis pas cohérente. J'ai cliqué, donc. Un gros poisson hilare est apparu sur l'écran. Tout était faux. Je suis vite partie aux toilettes rebarbouiller de fond de teint mes cernes et mes boutons...

Le meilleur poisson a été pêché dans nos filets quelques heures plus tard, quand mon boss m'a transféré un message envoyé par une source apparemment fiable 364 jours par an (365 les années bisextiles). Je vous le livre en entier :

La zone d'appellation d'origine contrôlée (AOC) du champagne va être étendue à 38 communes supplémentaires*. En liaison et en complément avec la révision, le Civc (Comité interprofessionnel des vins de champagne) étudie les moyens de mettre un terme au conflit qui l'oppose à quelques viticulteurs du canton de Vaud, en Suisse, où se trouve une commune appelée "Champagne". La Cour de Justice Européenne leur a interdit d'utiliser cette référence.
Le CIVC doit, aujourd'hui mardi, examiner, avant transmission à l'Inao, un projet d'accord pour prendre en compte dans l'aire d'appellation Champagne, sept parcelles d'une superficie totale de 4,79 hectares de vigne situées sur la commune de Champagne (canton de Vaud)."

Mon bien-aimé patron trouvait l'idée délicieuse. Je crois l'avoir férocement déçu en suggérant quatre possibilité d'interprétation, à savoir qu'il s'agissait, au choix :
  1. d'une truite d'avril
  2. d'un saumon d'avril
  3. d'un silure d'avril
  4. d'une bonite d'avril

Il a opté pour la truite, poisson qui fréquente les cours d'eau suisse...

* Ca, pour le coup, c'est bien vrai. Pour les gars du coin, l'extension de l'appellation "Champagne" signifie que des centaines d'hectares de terre, aujourd'hui terre à blé (vendue à peine plus de 2000 euros l'hectare) vont pouvoir être vendues au prix de la vigne à champagne, qui coûte 1 million d'euros l'hectare. Pour les heureux propriétaires de ces parcelles, leur valeur va être multipliée par environ 500... Belle plus value, s'pas? Y'a pas à dire, l'immobilier...

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