Ami stagiaire qui me rejoint dans ce joli bureau, je te vois venir. Ami stagiaire, il n'y a pas si longtemps, j'étais à ta place. J'ai fait les mêmes bourdes, connu les mêmes malaises, je ne savais pas trop où je créchais moi non plus à l'époque. Ah, les stagiaires ! Il y en a qu'on bénit, il y en a qu'on adopte, il y en a qu'on vomit... Chacun sa croix et son stage.
Le stagiaire mature, autonome et compétent
Mouahahahahaha!
Alors déjà il n'existe pas.
Mais si. Quand il existe, il a 38 ans, dix ans de boite ailleurs, dans un autre métier dont il a voulu changer. Il cerne vite les enjeux, les pour, les contre, ce qui marche et ce qui relève de la flûte. C'est une pierre précieuse.
Le stagiaire au dents qui raient...
le plancher, bien sûr, mais il ne s'arrête pas là. Même le sous-main de votre bureau n'est pas à l'abri.
Que c'est pénible un stagiaire qui affiche sans complexe sa certitude qu'il ferait votre boulot mieux que vous. Parfois c'est surtout pour cacher son manque de confiance en lui. Les complexes de supériorité servent parfois à cacher des complexes d'infériorité qui seraient pourtant beaucoup plus attachants.
Notez que je comprends ces stagiaires : j'ai été de ceux qui arrivent avant leur manager, qui repartent après lui et à qui ce dernier finit par dire "arrête ton zèle, tu mets tout le monde mal à l'aise!". De ces stagiaires qui rappellent aux salariés qu'ils ont un jour été passionnés par leur métier et qu'ils ne le sont plus (personne n'aime ça).
De ces stagiaires aussi qui pêchent par maladresse, par besoin d'affirmer que leur compétence n'attend point le nombre des années alors que si, mes petits. La compétence, comme l'expérience, ça s'acquiert, ça se patine au contact de la vraie vie. Et tout à votre envie de bien faire vous pouvez vous mettre irrémédiablement tout ce qui est né après vous à dos.
Dans ce registre, j'en ai un de toute beauté "Je suis sûr que je pourrai beaucoup vous apporter". Très bien ; n'ajoutez pas "parce que pour le moment on voit bien que vous n'avez pas de spécialiste comme moi dans la boîte". Surtout pas.
Et perdez cette irritante habitude de répondre "Je sais" quand on vous explique. Surtout quand on vous explique que vous avez fait une bêtise : à l'évidence vous ne saviez pas. Attention.
Le stagiaire qui cultive sa paume
Et quel terrain fertile! Baobab, saule pleureur et même une haie de cyprès pour vous accueillir. Celui-là commence par vous demander à quelle heure on mange, à quelle heure on part et si on part plus tôt le vendredi. A peine lui demandez-vous quelque chose qu'il carbure déjà pour trouver un moyen d'y couper. Tant que vous vous tenez à une liste de tâches simples dont vous pouvez vérifier ponctuellement l'avancée, tout va bien. Mais confiez-lui une tâche complexe pour laquelle il lui faut distinguer plusieurs chantiers et les hiérarchiser et vous le perdez dès que vous le lâchez. Il est déjà en train de pianoter comme un fou alors qu'il n'a rien à rédiger. Comme si ces abrutis de stagiaires croyaient que nous n'allons pas nous aussi sur msn ou ... alimenter un blog...
Et quand on lui demande ce qu'il fait, c'est tellement fatiguant de le voir lutter pour noyer des poissons plus gros que lui qu'on a envie de le renvoyer chez lui tout de suite, histoire de gagner du temps.
Parmi les cultivateurs de baobas, je recommande de distinguer l'incapable sans passion, sans culture et sans curiosité de l'incapable que le travail que vous proposez n'intéresse pas. Avec le premier, vous pouvez y aller sans pincettes et lui recommander de toute urgence un boulot de planqué, quel qu'il soit. De préférence un où il ne sera jamais en rapport avec qui que ce soit, car c'est une vraie nuisance. Pour le second, qui s'intéresse, voire se passionne, pour des thématiques qui n'ont rien à voir avec le métier que vous devez lui apprendre, il est de votre responsabilité d'être humain de lui dire qu'il sera plus heureux ailleurs. Et si possible de le guider pour exceller loin de vous. En le voyant se passionner, vous aurez même envie de garder le contact!
mercredi 18 novembre 2009
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1 commentaire:
besoin de verifier:)
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