mardi 13 avril 2010

Standardiste pas du tout standard

Vous savez ce que ça donne une ligne commune à toute une boîte ? Ca donne que dès que l'accueil est en ligne, ça sonne chez tout le monde. Vous avez alors, sur douze salariés sérieux, deux jeunes filles de bonne famille qui répondent. Pire, si elles ne sont pas assez vives, des voix s'élèvent : "Quelqu'un répond au téléphone, oui !?" En général, c'est le boss... Et quand ni l'accueil, ni la première jeune fille de bonne famille ne sont dans les locaux, qui se tape le standard ? Ben oui, la deuxième, une femme parfaite dont vous avez pu entendre parler. Et là c'est festival.

-Les appels des dépressifs : notre entreprise fait dans le recrutement et la formation. Quand une voix tremblante vous adresse un "allo" d'outre-tombe en ouverture des négociations, vous savez que vous avez intérêt à ne pas demander à la personne si tout va bien... Ca dure des heures, vous ne l'aiderez pas : le plus souvent le candidat en question est là pour se déverser sur n'importe qui, et vous êtes seulement au mauvais endroit au mauvais moment. Ses "vous comprenez" sont des figures de style. Une vraie connasse saura quoi répondre (mais si souvenez-vous ou cliquez ici). Mais une femme parfaite acquiesce et perd son temps.

- Les attachées de presse et les chargées de communication agressives : elles étaient au standard pendant leur stage, elles y ont subi l'arrogance de leurs aînées et en ont déduit que ça faisait partie de la description de poste. Je me délecte de ces nouilles car en général c'est moi qu'elles cherchent. Après un premier contact très sec, sans bonjour ni merci, elles demandent la rédaction. Je leur réponds que c'est la rédactrice en chef à l'appareil. Je profite du silence ahuri qui suit pour leur signaler que notre entreprise pratique la ligne unique pour optimiser les synergies entre ses services. Car je parle le communiconnard dans le texte. Si elles ont été particulièrement désagréables, je leur demande si ça leur pose un problème. Puis j'enchaîne, sans pitié : "Puis-je vous demander l'objet de votre appel, mademoiselle ?". Inutile de vous dire qu'elles ont intérêt à avoir un putain de bon sujet si elles ne veulent pas aller se faire voir direct par la pub.

- Les opportunistes qui tentent : ils demandent le patron. Avec ou sans bonjour, mais sans jamais se présenter. J'ai alors quelques formules qui fleurent bon le verbe d'antan "Mais bien sûr, qui dois-je annoncer ?". Un prénom, un nom. Avec le temps, j'ai appris a déceler les noms qu'il faut reconnaître. S'ils n'en sont pas, je poursuis : "Et puis-je vous demander l'objet de votre appel ?". En général, c'est moi que ça concerne : les gens appellent le boss pour que notre site publie un article sur eux. Et là, je reprends le bébé. Quelques fois j'ai bien droit à un "Vous êtes son assistante ? ". La question remue chez moi des souvenirs professionnels fangeux qu'il vaudrait mieux laisser dormir. Je fais au mieux pour le faire comprendre et en général le message passe, croyez-moi.

- Le tout ou rien. La difficulté en ce moment c'est que la jeune femme qui s'occupe chez nous (entre autres) de l'accueil traverse des soucis personnels. Quelqu'un la fait pleurer, il ne se présente jamais quand il appelle, il demande seulement si elle est là. Nous aimons tous beaucoup cette jeune femme et quand elle pleure ce sont tous nos coeurs qui saignent. Aussi ne portons-nous pas cet interlocuteur dans ces mêmes coeurs et lui réservons-nous un accueil téléphonique des plus réservés. Il a hélas cette façon de ne pas se présenter en commun avec notre directeur général... Qui s'est donc fait envoyer sur les roses comme un malpropre pas plus tard que ce matin par votre humble servante. Oups !

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