jeudi 30 octobre 2008

Jeudi 30 octobre 2008 : Solidaire


Les blogueurs du vin relaient la mobilisation vigneronne sur la toile. Moi aussi.
Vous voulez en savoir plus ?

mercredi 29 octobre 2008

Mercredi 29 octobre 2008 : Il faut cogner fort

Demain, le monde du vin se mobilise. Moi aussi.

Demain, pour montrer que le monde du vin ne "tombera pas dans le panneau", on masque ceux des plus grandes et des plus vinicoles villes de France. Pour encourager Roselyne à maintenir sa ligne favorable à la révision de la loi Evin et pour la dissuader de consentir l'interdiction des dégustations gratuites dans une contrepartie aux associations des pisse-vinaigre réunis.

Demain, à ma petite échelle, je fais pareil. Le panneau de ma résidence, décroché ; l'interdiction de stationner sur mon parking, suspendue (essaie, essaie juste) ; le papier sur la porte du local à poubelle, envolé ; plus aucune indication des étages dans l'escalier ; ma sonnette appelle un grand blanc... Maaaaaaaaaaais je ne me suis pas arrêtée là! J'ai imposé la VO sans sous-titre par défaut à mon lecteur DVD, rangé mes livres et mes bédés dans une boite muette, déchiré tous les emballages des aliments dans mon frigo. Plus un mot, plus une lettre, plus d'écrit. C'est ça, s'engager! C'est total, c'est toute une vie qu'on accepte de voir différemment. C'est un exercice sain, salutaire.

Mais il est des bornes qu'il importe de ne pas franchir, sans quoi y'a plus de limites! Alors quand on m'a fait remarquer que j'aurais du commencer par faire taire mes bouteilles de vin, mon sang n'a fait qu'un tour. Certains ne supportent pas les larmes d'un enfant, d'autres refusent les souffrances infligées aux animaux dans les abbatoirs, les forêts domaniales et jusque sur les banquises. En ce qui me concerne, je sais m'offusquer, souffrir pour, empathiser jusqu'à en pâtir. Quand on maltraite une bouteille de vin. La perspective d'une cave improvisée, trop chaude et trop instable (genre la buanderie, sur le sèche-linge) me tire le sang des membres. Un verre de dégustation tenu à pleine main et ma paupière tique. Un grand cru dans un gobelet en plastique et je dois m'allonger.

Alors je n'ai pu me résoudre à dénuder mes bouteilles. Arracher son étiquette à un beau flacon, c'est comme boire son contenu cul sec ou déchirer les vêtements d'un homme longtemps désiré. On croit que c'est super, que vite et fort c'est mieux, et en fait on passe à côté de quelque chose...

jeudi 23 octobre 2008

Jeudi 23 octobre 2008 : Gniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...

Cela fait deux jours que je marche complètement à côté de mes pompes. La chaleur est partie, Montpellier s'enfonce dans l'automne et de violentes pluies orageuses en sont le témoin. L'une d'elle m'a tenue bien occupée il y a deux nuits de ça. Impossible de trouver le sommeil dans la tourmente. Il a fallu tout barricader en catastrophe au milieu de la nuit. Le lendemain, hier, donc, j'étais perdue comme un rorqual commun. Il paraît que les tempêtes déboussolent les petits cétacés et que c'est une des raisons pour lesquelles on en voit parfois s'échouer sur les plages... Et bien depuis deux jours, je fais mon Flipper d'eau douce.

J'ai deux instincts particulièrement développés : une intuition infaillible de l'heure qu'il est, que je dorme ou non et un sens de l'orientation particulièrement aiguisé et qui laisse les hommes pantois ("c'est fou, elle sait lire une carte!" Ben oui quand j'ai vu que c'était à la portée d'un primate, je n'ai plus eu peur et je me suis lancée!).

Enfin, qui les laissait pantois, parce que depuis la tempête, c'est fini. Je suis collée à ma montre et je ne sais plus où je pose mes lunettes, mes clés, mon téléphone, ma tasse, mon ordinateur... je ne vais pas aborder le sujet de la télécommande là tout de suite, c'est encore un peu frais. Au quotidien, cela me met dans des états de rage inextinguible contre moi-même. Je ne me réveille plus sans réveil à 7h12 précises et hier j'ai passé près d'une demie-heure à retrouver mon chemin dans les ruelles du vieux-Pignan. Cette riante bourgade de la périphérie montpelliéraine compte un clocher, une mairie et deux boulangeries entre Saint Georges d'Orques et Murviel-lès-Montpellier... Et je ne me suis jamais perdue dans Pignan. Jamais. Même un Snoot* ne se perdrait pas dans Pignan

Moi je dis : la tempête a provoqué un déreglement électro-magnétique dommageable à la vie humaine et qui met mes facultés en danger. Et tout le monde veut taire l'affaire. L'homme qui partage ma vie dit que découvrir que tous les épisodes des Simpson sont disponibles en streaming sur chezhomer.com n'est pas une raison pour passer mes nuits à les regarder. Et qu'il ne faut pas que je m'étonne... N'importe quoi. Il est de mèche avec eux!!


* Fruit des amours contre-nature et fort contrariées de Scoobidoo et de Ran-Tan Plan, le Snoot est une figure emblématique du panthéon animalier de ma famille. Il y incarne la stupidité dévouée et le talent pour le léchage forcené des testicules absentes. Son maître adulé l'a plus simplement surnommé "Grosse Truffe".
Pour adhérer au fan club du Snoot, tirez vous une balle dans le pied car il est tout à moi.

lundi 20 octobre 2008

Pour info

Vous pouvez à présent commenter mes écrits quelle que soit votre adresse électronique. Vous n'avez plus besoin d'un compte Google pour le faire, j'ai modifié en ce sens le paramétrage de ce blog. Vous n'avez donc plus aucune excuse ! MOUHAHAHAHAHA!

Lundi 20 Octobre 2008 : Le cri de l'escargot le soir au fond du bois

Il pleut sur Montpellier. Il drache, plutôt. Il est midi, il fait nuit noire et il tombe des cordes à noeuds, des chats obèses et des chiens massifs. Je retrouve ici mes réflexes d'enfant des Fenouillèdes, car, au pays de la cargolade*, le jour de pluie est synonyme jour de chasse. Ce jour là, une traque sans merci oppose en effet le plus commun et le plus encoquillé des rejetons de nos campagnes à son ennemi naturel le plus farouche. J'ai nommé, respectivement, l'escargot et l'enfant.

Alors que la pluie m'entraîne vers ces rêveries champêtres, j'avise ma co-bureliaire, une stagiaire allemande qui nous a accompagnés aux vendanges du 7 octobre et qui nous trouve chaque jour un peu plus étranges, nous, les Français. Là, elle est catastrophée par la violence de la pluie et la noirceur du ciel, bondit chaque fois qu'un cycliste récite l'alphabet de ses insultes à l'automobiliste qui l'a rincé des gerbes de la voiture d'avant.

- Gretchen, tu as pris ton K-Way?
- Mein ? Je te demande parton?
- Ton K-Way. Tu ne vas pas aller à la chasse avec ta petite veste tout de même ?
- La chasse ? Was ?
- Il pleut, Gretchen. L'autre jour, on a fait les vendanges parce qu'il faisait beau. S'il avait plu, on aurait chassé.

J'ai cru comprendre qu'elle avait eu plus de mal que nous tous réunis à se remettre des vendanges, aussi son teint vire-t-il au vert quand je lui reparle de cet épisode pourtant heureux.
- On chasse quoi ? finit-elle par articuler en tremblant.
- On chasse quoi! Quelle question, tu es en France! On chasse l'escargot!

La moue dégoûtée qui marque invariablement le visage de nos voisins saxons à l'évocation de cette coutume culinaire (les Espagnols et les Italiens ne font pas tant d'histoires!) vient s'installer sur le pauvre petit minois de la jeune Gretchen. Elle rassemble cependant ses dernières forces et souffle d'une voix épuisée :
- J'ai goûté escargots de Bourgogne, mais je n'aime pas ça...
- Tatata! Les gros maousses de Bourgogne, mais c'est l'autre escargot, ça! Ici, c'est le royaume du Petit Gris! Pour la chasse, c'est ce qui se fait de mieux! Ils sont plus petits et plus vifs que les Bourgogne, c'est plus sport!

Elle en est encore à se demander si elle doit rire ou s'acheter des bottes en caoutchouc. Impitoyable, je lui désigne le petit bois qu'on voit au loin par la fenêtre. Enfin, d'habitude on le voit. Là, à travers les rideaux de pluie, il faut bien se résoudre à l'approximation.
- Chaque fois qu'il pleut, on va dans le petit bois là-bas, tous ensemble, comme on a fait pour la vendange, et on chasse les escargots. On constitue deux équipes et l'une rabat les escargots vers la seconde. Tu préfères rabattre ou capturer?
Après quelques explications sur le vocabulaire, ma Gretchen est pantelante. Elle comprend qu'un rabatteur ne touche pas l'escargot et me dit qu'elle préfère rabattre, cent fois, mille fois, cent mille fois rabattre.

- Tu as raison, c'est plus sûr. Quand il est poursuivi, l'escargot devient agressif. Quand on capture il faut faire bien attention à ne pas se faire mordre.

Elle essaie de rire, pour la première fois. Je la regarde très sérieusement (oui, ce n'est pas évident). J'aimerais dire quelque chose, mais si je parle, c'est fini, je fais pipi partout. Très impressionnée par mon silence outré, elle en conclue qu'il est temps de faire un pas vers moi.
-Mais c'est plus intéressant, de capturer, alors, peut être?

Me voila partie sur les différentes techniques de capture, à la catalane (technique frontale), à la camargaise (au lasso), à la lyonnaise (on appâte au pied de cochon) puis nous débattons sur l'opportunité de porter des gants. Je lui dis que les purs, les vrais ne le tolèrent pas et que j'en suis. Mais que je comprendrai, conclus-je au sortir d'un soupir agacé.

Pendant ce temps, la pluie s'est arrétée. Gretchen lève vers le ciel un regard plein d'espoir tandis que je peste. Je lui dis que d'après Météo France, on gagnerait à programmer ça plutôt pour demain. Elle a mis la page de Yahoo avec les prévisions météo en page d'accueil de son navigateur et jette par la fenêtre des regards apeurés.

Je lui dis que c'était du flan ou j'attends demain ? Non, parce qu'il y a des chances qu'elle suive mes prescriptions et se pointe avec tout l'attirail : ses bottes, son ciré et son épuisette... J'ai pas été complètement réglo dans le descriptif de la tenue réglementaire... Ca vous étonne ?


*Cargolade : Grillade d'escargots que l'on arrose de lard fondu après les avoir trempés dans le sel et le poivre. On mange l'escargot sur sa grille, se brûler fait partie du rituel. Dans la main gauche on tiendra une tartine d'aïoli. Dans ces contrées sauvages, compter deux têtes d'ail pour un oeuf ; comme dit ma grand-mère : "L'ail, tu en mets jusqu'à ce que ça pique".

mardi 14 octobre 2008

Mardi 14 octobre : Viva Italia!

Ah, la chère contrée ! J'aurai l'occasion de vous dire tout mon amour, toute ma passion pour le pays de Luca, de Gabriele, de Laura, des deux Plines (l'Ancêtre et le Minot, un truc comme ça), de la vraie mozzarella, du Sangiovese, du Nebbiolo, de la Fragola (il faut, une fois dans sa vie, sentir et goûter du raisin qu'on prendrait pour de la fraise si on l'approchait les yeux bandés... Oh la coquinette idée... Pardon, je m'égare!), de tous ces cépages qui la rendent si riche et si belle, de ces femmes pleinement femmes et de ces hommes tellement mecs, de ses plaines, de ses rocs, de ses lacs... Je m'en voudrais de me laisser emporter dans une énumération fastidieuse.

Mais j'apprends à l'instant que l'Italie m'émerveillera toujours. C'est seulement une confirmation. Il y a en Italie un sens de la comédie et du drôle, qui n'a d'équivalent que le talent de l'Espagne pour le drame.L'Espagne, c'est le flamenco et la corrida. L'Italie, c'est la Comedia dell'Arte et l'opéra. Point. Et je me contrefous que ton hilarante cousine espagnole imite super bien le poulpe, je généralise à outrance. Si je voulais faire dans le subtil, j'écrirais une thèse. Capisci?

L'Italie de Rigoletto, l'Italie du sourire et de la beauté m'appelle à toute force par une de ces petites nouvelles à mourir de rire dont elle a le secret. Dimanche 5 octobre, c'était jour de fête à Marino, riante bourgade de la périphérie romaine. Jour de fête des vendanges. Tous les premiers dimanche d'octobre, Marino se lâche. Tous les ans, pendant cette journée magique, une fontaine de la ville, la fontaine des Quatre Maures, crache du vin. Un astucieux système permet en effet de raccorder l'alimentation de la fontaine à des citernes de vin blanc. Lassés de se relever la nuit pour effectuer les branchements sans jamais y gagner un merci, les agents de la voirie municipale ont trouvé cette année à se faire remarquer. Ou ont-il fait un petit tour dans la citerne avant de procéder aux raccordements ? Toujours est-il que les Marinais (appellation non contrôlée) se sont trouvés bien déconcertés avant d'endosser leurs habits du dimanche. Entre le lit et l'église, il y avait la salle de bain. Or tous les robinets crachaient du vin blanc. Certains se sont fait couler d'inoubliables bains avant que la mairie ne rétablisse les connexions habituelles. Il a fallu attendre pour cela que le maire s'arrête de rire. Et ça a considérablement ralenti le déroulement des opérations.

En France, on aurait monté un comité de réflexion, avec un sous-comité pour décider de la procédure de vote au sein du comité. Des visages graves auraient rayonné autour d'une table (ronde, donc) en noyer sous les ors de la République. Très vite, des scissions irréversibles auraient déchiré cette docte et digne assemblée entre les partisans du rouge et les défenseurs du blanc. Profitant de leur désunion, pieux et cul pincé, un ancien alcoolique converti à l'aquaphilie et donneur de leçons, tel ces anciennes courtisanes qui se piquent de bigoterie, en aurait profité pour interdire la fête des vendanges. Au nom de la protection des mineurs et de la préservation des pigeons qui souillent les fontaines. On s'y retrouve bien, non ?

lundi 13 octobre 2008

Lundi 13 Octobre 2008 : Invicible

Ma recette du bonheur : un dimanche à midi à la Réserve Rimbaud et pour le vin on ne se trompe pas...

Laurent Vaillé est de ces hommes qu'on croise une fois et qui vous marquent à vie. Vous les rencontrez et vous les voulez comme mentor. Ils lâchent des phrases qui vous reviennent encore et encore, que vous n'oubliez jamais. Vous saoulez votre entourage à leur raconter encore et encore les mots du maître.
Alors étudiante, j'ai eu le privilège d'être accueillie chez lui à Aniane pour une visite de ses chais. Le temps ne se prêtait pas à une visite dans les vignes... Hélas! Il nous avait fait goûter sur fût un Mourvèdre rayonnant de complexité épicée. Tandis que nous vantions sa richesse et sa fraîcheur aussi, il avait souri, goguenard : non, le vin ne faisait pas ses 16°. Une claque !
Depuis, je n'avais pas regoûté ses vins, tant ils sont rares et tant l'Italie m'a tenue loin des grands vins du Languedoc. On ne peut pas être partout.
Sur la carte des vins de la Réserve Rimbaud, la Grange des Pères 2004 trônait, irrésistible tentatrice. Je n'ai pas résisté. Une petite conversation avec la sommelière, délicieuse d'à propos, et la voila partie vérifier si d'autres millésimes ne seraient pas disponibles. Elle est revenue avec cette rareté, cette splendeur. On débouche, on carafe, on finit le champagne, le temps que la Grange respire un peu. Une explosion nous attend. Une explosion d'harmonie dans le fondu de tous les éléments. Monolithique? oh non! Mais quelle puissance et quelle parfaite intégration du bois, du fruit, des épices et des tannins. Impossible de vous le décrire en "notes de prune du Japon et de mure sauvage du Kansas" (croyez moi, pourtant, j'adorerais!). Car sur des vins d'une telle finesse et de cette maturité, on a passé le stade de décrire le boisé côté vanille ou toast et les épices par le poivre et la cannelle. On est dans un autre registre de complexité où le vin goûte des images et respire des textures. Les composants du vin sont fondus et les sens qui les perçoivent se répondent et s'emmêlent aussi.
Vieux reflexe de dégustatrice à l'aveugle, j'écoute les mots que crie le vin, qui me guideraient si je ne savais déjà d'où il vient. Il me parle d'ailleurs, du côté d'Alba. Laurent m'en voudrait sans doute. Et c'est un affront fait à Aniane. Mais pardon, je n'ai jamais rien goûté de tel en Languedoc. Je n'ai jamais rien goûté de tel tout court. En rédigeant ce post, je le sens encore. Hier, alors que tombait sous les pins un soir tiède et moite, je le sentais autour de moi, encore dans mon nez, encore dans ma bouche. Tu parles d'une longueur phénoménale ! On parle de retours d'acide, je parle de retour de Grange! Et l'invite à revenir quand elle veut, dès qu'elle peut, j'y serai.
Vous l'aurez compris, après un déjeuner comme celui-ci, on se sent forcément béni et invincible.