mercredi 15 avril 2009

Corto forever

Peut-être que dans dix jours je vous dirai tout le contraire. Peut être que je craquerai pour un petit minet tout neuf et tout rose du nez. Mais mon vieux matou, croyez-moi, j'ai du mal à y renoncer. Depuis neuf ans, j'appartiens à un chat tout à fait unique. Comme tous les chats, me direz-vous, et je ne pourrai que convenir.

Il est né l'année des R. Or il répond (rarement et avec agacement) au doux nom de Corto. Parce qu'il a un court moignon de queue, qu'il est petit et râblé et parce qu'il a le sens inné de l'escapade sous les couscoussiers en fleurs que lui envieront tous les vrais fils de putain maltaise.

Il ne craint rien mais il a peur de tout. Comme tous les chats, me direz-vous. Sauf qu'il met des mandales à un labrador qui fait dix fois son poids et mange dans son écuelle quand nous n'y pourrions pas toucher. Corto sait quand je suis triste (cela arrive) et quand je lui appartiens (tout le temps). Quand Corto a faim, Corto réclame et on le nourrit. Quand Corto veut son fauteuil, Corto réclame et on se lève. Corto a plié à sa volonté une famille qui m'a répété "tu as demandé : tu as réclamé. Tu ne l'auras pas". Corto, c'est mon adolescence. C'est réaliser qu'un petit peut devenir chef à deux conditions : n'en pas douter pour ignorer la peur et avoir assez mauvais caractère pour ignorer la vergogne.

Corto m'a appris que le bonheur c'est simple comme un coup de patte. Ca se miaule, se râle, se ronronne et se déguste en passant la patte derrière l'oreille.

Quand j'ai présenté Corto à mon nouvel appartement, il m'a demandé où se trouvaient l'étage, le jardin et le chien. Quand Corto a voulu passer sa première nuit avec moi dans le nouvel appartement, on lui a dit que le lit lui était interdit. Il a répondu à ces provocations avec une dignité outragée dont il a le secret, mais qui ne nous a épargné aucune mesquinerie (l'attaque aux pieds en pleine nuit est un classique du chat). Je n'ai donc pas gardé Corto avec nous. Pour autant, j'aurais l'impression de trahir le seul être qui m'ait aimée sans rien en attendre et que j'ai aimé sans rien en attendre, le seul avec qui j'ai appris l'amour et le bonheur tout égoïsme et sans dépendance.

Au jeu du bonheur les chats sont nos maîtres et Corto les éclate tous!

mercredi 18 mars 2009

Ah si !

A ma gauche, Bono, le seul, l'unique, l'amour de ma vie et celui de tant d'autres, distingué pour la paix par un collège suédois, pourfendeur des dettes du Tiers Monde et chasseur de cauchemars jusque dans les miens. Fan absolue, je n'ai jamais assisté à un concert de U2 : je n'ai jamais pu le partager avec une foule... (tarée, mégalo, oui bon, il va falloir trouver mieux, on se répète).

A ma droite, Pierre D., son univers griffu et l'intelligence de sa haine ordinaire, du calembour vaseux au douzième degré, ses expressions, ses adverbes, ses valeurs aussi (Audiard, Vialatte et Saint-Emilion, voilà ce que j'appelle une sainte trinité!)... Cet homme a parachevé mon cursus universitaire, ma formation d'honnête homme (et ne le/me/nous lancez pas sur les femmes honnêtes !)

Soyez objectifs.


Non ?

Y'a quelque chose, vous ne trouvez pas ? Dans le nez et la bouche. Le front aussi. Les oreilles pas du tout, je suis d'accord. Et qui d'autre mêle grand nez aquilin, émotion à fleur de peau et humour massacrant ? En toute modestie comme d'habitude ?...

Moralité : pourquoi rencontrer ses héros quand on sait qu'un jour on fera des enfants qui leur ressemblent ?

jeudi 12 mars 2009

Ah les gnères !

Vieilles peaux! A-t-on idée de faciliter ainsi le transit intestinal de la terre en tiers (une part pour moi, une part pour mon chat, une part pour les cons et là c'est ma pomme qu'on escagoince) dès le point du jour ? Incident dans la ruelle que surplombe la fenêtre de mon bureau : le stationnement y est impossible après 9h tant le bâtiment abrite de bureaux et ses alentours peu de parkings, or ce matin Zizi Genette, Odette Michu et Jacqueline Berlingue ont décidé de mettre de l'ordre.

Ah l'inutilité de ces dames amères et sans amour ! Quelle peur panique de mes vieux jours s'empare de moi à leur seule vue ! Que leurs odeurs et leurs haleines me révulsent ! Ajoutez-y une crise d'autorité où elles vous ordonnent de déplacer votre Audi bleue séance tenante, sans vous laisser en placer une et vous avez tout ce que j'aime. Car, vous pouvez les croire, vous n'y couperez pas. Vous ne vous en sortirez pas comme ça. Et n'essayez pas de les faire passer pour des hystériques, si elles crient chez vous c'est leur droit, elles sont chez elles et vous, qui êtes-vous ?

Dans l'entrée de nos bureaux, elles pestent et gesticulent. Leur mise porte les stigmates indélébiles d'une fidélité sans faille à la rayonne contractée dans les années 50. Elles sont jupées de laines, blousées à hurler dans les champs et giletées-tricotées comme des concierges un soir de bal des pompiers (t'inquiète de ce que ça dit et écoute si ça sonne, andouille). Et toutes colère. Leurs voix éraillées disent leur soif de justice. Votre voiture, cette Audi, est garée contre un mur, elle n'obstrue nullement le passage, elle ne gène aucune manoeuvre, mais aujourd'hui personne ne se gare ici parce que le panneau le répète tous les jours, malgré la constance des salariés qui se garent là quand même, faute de mieux, mais sans géner personne, notez bien.

Aujourd'hui, Zizi, Odette et Jacqueline ont jugé que les bornes étaient franchies et qu'il n'y avait plus de limites. Tout à leur propre dévouement à cette noble entreprise, elles n'ont pas noté qu'elles ont copieusement insulté toute une équipe qui ne compte aucun propriétaire d'Audi. Les vieux sont parfois étourdis. Elles sont ensuite retournées chanter la sérénade à trois voix dans l'allée, près du bolide allemand qui est toujours là en cette fin d'après-midi. Tout ça pour ça et sous mes fenêtres. Ah les gnères !

lundi 9 mars 2009

La te-hon du lundi matin

Il n'est pas 10h en ce lundi qui me nargue. Humeur de chien, un boss d'une humeur de chien, une connexion internet d'une humeur de chien qui nous pète à la figure toutes les trente secondes. Desespérée car fataliste, je me résigne à écrire un petit mot à un mien ami avec qui je partage une passion sans borne pour les délires de Michel A. et de Frédéric D. Nos conversations sont en réalité de grands champs de citations où nous nous ébattons joyeusement à coup de "moi, tu me connais" et de "si je lui tends la main ça sera pour lui mettre dans la gueule; ça la redressera, c'te salope".

En proie à cette matinée ennemie, je m'empresse de lui virguler une citation retrouvée ce week end à la faveur d'un après-midi de farniente, le San-A à la main :

"Mon Dabe,
j'y adresse, n'oublie pas la parole du sage : "faut pas confondre blennoragie et première communion, c'est pas le même cierge qui coule" Gros bisous, ta Pauline".

Mauvais goût, mon bonjour au cureton, tout y était. Un doute furieux m'assaille cependant au moment d'envoyer ma bafouille : je sais le Dabe intransigeant sur l'orthographe, les virgules et les sept croûtes du cassoulet. Je m'en voudrais de lui faire subir une blenno mal épelée. Question de signature, tu me connais. Je vérifie donc "blennoragie" dans un moteur de recherche à double O. L'orthographe est bonne mais pas la connection, qui plante, qui hurle, qui appelle notre technicien informatique de choc, ce dernier se rue sur mon ordi, je n'ai pas le temps d'effacer ma recherche et quand il obtient la reconnexion du biniou, la blennoragie est elle aussi de retour, triomphale, en grosses lettres, purulente de bonheur sur mon écran blanc-bleu sous le regard attendri de notre connecteur en cape. Salope. L'autre, ni une ni deux, explose de rire avant de se contenir et de m'adresser un regard contrit. J'avais le choix entre accuser une amie et avouer mes penchants machistes. J'ai choisi. Tout le monde a adoré la citation. Mais ils m'appellent tous Béru maintenant.

mardi 3 mars 2009

On me pose la question...

Ras le bol des questions débiles. J'ai fourbi quelques réponses saignantes. Prêtes les gnères ? Dodelinez plus du valseur, v'la les ennuis.

- "Alors, qu'est ce que tu deviens ?"
  • version la cité de la peur : "j'ai le sida et toi?"
  • version Nanou : "j'ai changé de vie. Ca fait un an et demie que je vis dans le sud, que je suis amoureuse, que j'ai acheté un appart, que je suis heureuse. Et toi ?"
  • version Nanou d'humeur taquine : "je roules des pelles aux nanas, je monte des yourtes mongoles et je vendange à la main" (et c'est rigoureusement exact... enfin, ça l'a été au moins une fois dans ma vie... sauf un truc que j'ai fait plusieurs fois... à votre avis?)
- "Tu es sûre ?"
  • version cha-bd.com : "*violent kick in the nuts*"
  • version Nanou en co-dépendance : "Fais moi confiaaaaaaaaaaaance... je t'en suppliiiiiiiiie"
  • version Nanou d'humeur taquine : "Non. Jamais. De rien. C'est une torture... Mouhahahaha!"
  • version Nanou aujourd'hui : "Va te faire foutre"
- "Mais sans indiscrétion vous avez quel âge ?"
  • Version du berger à la bergère : "Je viens de fêter mes T'huit ans! En grande pompe, je vous prie de me croire!"
  • Version Nanou, le San-A à la main "dis donc t'étais aux gogues le jour qui z'ont distribué la vergogne pour en manquer autant ?"
  • Version Nanou aujourd'hui : "Toi divisé par deux, vieux bouc"
- "T'arrives à bosser, moi j'ai pas la motive... t'as vu comme il fait beau ?"
  • Version sous couverture : "Tu plaisantes, je ne m'arrête même pas pour faire un petit pipi"
  • Version rouge et noire : "Oh non moi je suis à fond... L'était bon le Carignan du boss à midi, s'pas ? Alleeeez, viens t'asseoir deux minutes au soleil, qu'on médite stratégie!"
  • Version Meeeeeeeeeeeeeeeeeeeerde, putain, faut que je retourne bosser TOUT DE SUITE!!!!!!!!
Gros bisous

mardi 10 février 2009

Le manque à gagner du gentil

Vous connaissez cette chanson de Mickey 3D sur les gens trop gentils qui ne grillent pas les fils d'attente ou ne négocient pas dans les magasins ? Ceux-là qui paient leurs aggios sans pleurnicher? (Vous vous souvenez de Cyprien ? Cyprien est un ancier banquier. Cyprien avoue très sérieusement s'en vouloir mais n'avoir jamais autrement : ceux qui casquent pour ceux qui ne s'excusent pas, ce sont ceux qui s'excusent)
Ah! Les gentils ! La façon dont ils trépignent, impuissants et muets, en pouvant seulement feindre de ne pas voir qu'on les gruge parce que ça leur évite le déshonneur de ne pas protester. Car, quoiqu'il arrive, ils ne protestent pas. Par politesse, par peur de déranger. Bon ben voila, vous connaissez mon drame.
Difficile de reconnaître la gentillesse dans la rue, où on la confond avec un besoin incontrôlé d'amour qui fait fuir. "Me tenir la porte ? Mais dégagez de là, sale malade!!!". Dans les rapports humains, et notamment les rapports de travail, elle ressemble à s'y méprendre à de la faiblesse. En société, elle peut aussi cacher une bonne dose d'indifférence et de lâcheté. On se pardonne d'être trop bien élevé quand cela évite de reconnaître qu'on ne riposte pas (par principe) aux propos insultants d'un quidam, non pour ne pas faire d'esclandre, mais parce qu'on a peur de prendre un (par)pain(g) dans l'oignon. Ou parce qu'on a la flemme et/ou qu'on s'en fout.
Le gentil rêve d'une musculature de Terminator, des menottes de Robocop et de l'humour de John McClane pour casser les méchants en deux, les attacher et les humilier. Le gentil rêve. Le gentil ferait mieux de se constituer une base de données de vannes qui sèchent l'interlocuteur. Net.

Attention, les gentils pourront se permettre beaucoup plus de liberté de parole et de ton que les gentilles. J'ai un jour eu le malheur de répondre à un quidam qui me demandait "T'es mignonne, comment tu t'appelles ? Tu veux discuter ?", que je ne tutoyais que les gens avec qui j'ai des relations sexuelles et qu'il n'était donc pas concerné. Peu de gens connaissent Pierre Desproges. C'est ce qui m'est apparu alors que je croyais la vanne connue. Je vous épargne la suite d'une conversation vibrante d'insultes copieusement arrosées et un peu contradictoires (de "mignonne", j'ai très vite majoré en "boudin"... Voyez où nous mène le trou de la sécu et le prix des mutuelles : plus personne ne voit qu'à sa vue! ) Je ne le referai plus. Car d'une manière générale, les femmes ne devraient parler de sexe qu'entre elles. Surtout dans la rue. Mais c'est encore un autre sujet.

J'ai écrit ce poste pour tous les gentils qui trépignent. Qui n'ont jamais connu une colère heureuse. Ces colères libératrices dont les "autres" vous disent qu'elles font un bien fou mais que nous, les gentils, nous nous interdisons. Parce que lorsque nous nous mettons en colère c'est sans retour et que nous finissons par le regretter. Je voudrais leur rappeler que c'est pas grave. Que la ligneà ne pas franchir c'est celle de l'indifférence. Mais que pour le reste, la vie avec les pinailleurs, les scandaleux qui crient et qui réclament au restaurant et dans les magasins, les bagarreurs qui ont l'honneur sauf et la tronche en quinconce, c'est un calvaire et on la leur laisse, cette vie là. C'est vrai, quoi merde!

Non ?

vendredi 30 janvier 2009

Les Inacceptables

Si exquise sois-je (aha! plus facile à lire qu'à dire, s'pas?), je confesse que je tiens scrupuleusement à jour une de "ça c'est non" qui détaille mes intolérances assumées. Pas vous ? Visuelles, olfactives, gustatives, auditives ou épidermiques, elles guident ma vie et mes choix à coups de "tu sors" et de demi-tours sans hésitation. Pourtant, j'excelle à hésiter. Je suis Balance. Mais pas quand ça me dégoûte. Et voici la liste non-exhaustive de mes Inacceptables. J'ai hâte de connaître les vôtres.

L'Inacceptable, homme ou femme, se repère parfois au premier coup d'oeil. A la vue, je n'accepte pas les chaussettes blanches sous pantalon et souliers noirs. C'est un classique et je ne suis pas très originale. On veillera toutefois à accorder la plus grande clémence à ceux qui ne savent pas et la sentence la plus lourde à ceux qui ne connaissent que ça. Ces règles valent pour toutes mes intolérances.

Moins sujette à la nuance, la question de la gourmette et de la chevalière à nom réclame cependant l'exception "souvenir de famille". Mais l'alliance des ingrédients "gourmette de commercial en goguette" et "sourire carnassier multitâche : je vends et j'emballe" vous permet de concocter sans surprise un blaireau ou une quiche. Pour un exemple en chair et en crédit immobilier, cliquez ici. Chez les femmes, c'est le bracelet de cheville qui me révulse. Je me souviens d'un cadeau en forme de ce regrettable bijou ; j'ai dû répondre que ça faisait trop piscine. Sans préciser que je préfère attacher la clé du vestiaire à mon poignet. Mais je me souviens également avoir un jour participé à un cadeau commun qui avait également la forme de ce bijou. Que voulez-vous, on n'offre pas pour soi.

L'Inacceptable accompagne ses mises malheureuses d'expressions telles que "au jour d'aujourd'hui", dont la nouillitude avérée le dispute au regrettable "à l'heure d'aujourd'hui", d'une nouillitude absolue. Parfois, des "mec" ou "man" tiennent lieu de ponctuation dans son discours. C'est curieux car je supporte les "tu vois" et les "comme ça" de mes êtres chers. Mais pour "mec" et "man", mon intolérance doit puiser ses racines dans le même terreau que celui des parfums et des prénoms qu'un autre Inacceptable a rangé un jour et pour toujours dans cette catégorie. Je peux être moins subjective : ainsi, un interlocuteur fermant notre entretien d'un "en vous remerciant", ou son mail d'un "cdlt" pour "cordialement" y gagnera la certitude pour moi que nous n'aurons jamais rien de vrai à nous dire. Il ne s'agit plus de mauvais souvenirs. Prenez "cdlt" : ne pas même prendre le temps d'écrire en entier une formule qui ne demande déjà aucune imagination est à mon sens la preuve d'une insurmontable incorrection. Notez que je n'ai jamais prétendu épargner les mouches.

J'ai fait une petite pause pour regarder le film Veronica Guérin. Je me rends compte que mes désaffections quotidiennes n'ont rien à voir avec le dégoût ultime que m'inspirent les hommes qui violent et l'échec que représente pour la civilastion un imbécile muni d'une arme à feu. Curieusement, cela me donne plutôt envie de vous parler de ce qui me fait adorer les gens au premier coup d'oeil, au premier échange, histoire de ne pas nous complaire plus longtemps dans la petitesse humaine. Je suis tombée amoureuse d'un professeur de droit public intérimaire, qui a voulu dissiper le stress de remplacer quelques jours un grand ponte en lançant dans le grand amphi "Oh! Regardez! Il est 11h11!". En Campanie où j'étais perdue sans interprète pour une semaine dans les vignes en patois napolitain, un responsable du consorzio m'a inventé un sabire que nous avons partagé sans le moindre malentendu à partir du moment où nous avons constaté que nous avions tous deux dans notre portefeuille une photo de Bono. Ainsi, l'humain qui peut vous donner envie de vomir ou de vous enfermer chez vous peut aussi vous faire aimer le droit public et la mondialisation. Etonnant, non ?