Le chômage n'est jamais une bonne affaire. Je me souviens pourtant de cette jeune femme qui m'expliquait ainsi son schéma de vie, devant ses deux filles âgées de quatorze et seize ans à l'époque : "Quand je trouve un boulot, j'y reste le temps d'être éligible aux assurances chomages. Ensuite je me mets en arrêt maladie et j'y reste jusqu'à ce qu'on me licencie. Je profite alors de dix-huit mois d'allocations. Et je recommence."
La réforme de l'assurance chômage qui se prépare est-elle de nature à modifier le mode de vie de cette jeune femme ? La droite peut-elle réduire la gauche à un syndicat de défense de ce type de comportements ? Les arguments de la gauche doivent-ils laisser croire qu'elle l'est ?
Le projet proposé :
- la définition d'offres valables d'emploi (les critères qui fâchent : jusqu'à 30 % de salaire en moins que le précédent poste pour un travail situé à maximum une heure de transport du domicile).
- pendant les six premiers mois d'inactivité, on vous laisse tranquille, c'est vous qui cherchez.
- puis l'ANPE (avec les délais de réactivité fantastiques qu'on lui connaît, rajoutez-vous quelques mois de recherche par vous-même sans trop vous faire de bile), vous propose un, puis deux, puis trois offres valables (vous avez défini votre profil, vos compétences, vos aspirations; il reste le salaire inférieur de 30 % max à celui de votre précédent emploi pour un job à une heure de trajet de chez vous qui vous pend au nez... notez que, si vous n'avez pas trouvé en six mois et que l'ANPE fait mieux que vous, il faut se poser des questions...).
J'ai été au chomage plusieurs fois, jamais plus de trois mois et j'avoue que ça ne me paraît pas choquant comme dispositif. Je crains d'avoir remis la barre à droite. Peut-être pas par adhésion mais par réaction. Réaction à la traduction du dispositif ci-dessus évoqué par un de mes collaborateurs, ségolèniste patenté :
"La réforme du chômage de Sarko c'est qu'on te propose trois boulots même à une heure de chez toi, même au SMIC -30 %, même sans rien à voir avec tes compétences, tu dois en accepter un sinon t'as plus droit au chômage."
Ouïe, ouïe, ouïe...
Pour revenir à mon aventurière du premier paragraphe, je crains qu'aucune loi ne lui fasse changer sa façon de voir la vie et ses sources de revenus. Ce n'est pas le rôle du législateur. Le rôle du législateur c'est de protéger la collectivité contre ce genre d'abus. C'est de faire en sorte que les 25 % de mon salaire qui partent alimenter les différentes assurances sociales ne soient pas pompés par les dévieurs permanents du système au point que les transitoires dans mon genre, qui ont recours aux assurances chômages deux mois tous les trois ans, ne soient pas moins bien soutenus au moment de remettre le pied à l'étrier.
Mais attention, le rôle du législateur n'est pas non plus de pousser les salariés sur la voie de la régression. Lui d'ordinaire si favorable à ce statut qu'on peut fliquer fiscalement (tellement mieux que les indépendants), il pose une limite dans la réduction de salaire qui me fait froid dans le dos à moi aussi. Comment être motivé avec 30 % de salaire en moins ? Surtout pour un salaire déjà moyen, voire bas. Comment réduire davantage l'intérêt pour le travail ? Comment présenter des salariés moins motivés aux chefs d'entreprise ? Comment croire encore en l'ascension sociale ?
Et puisqu'on en est là, digressons sur l'ascension sociale : comment se pardonner de n'avoir pas fait médecine, comme Papa ? La vraie question devient alors "c'est quoi réussir sa vie ?". L'argent ? La célébrité ? La considération sociale ? L'amour ? Comme me l'a répété un ami ce matin : "L'amour, bien sûr. Mais sous les ponts, l'hiver, ça le fait moins quand même."
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