mardi 10 février 2009

Le manque à gagner du gentil

Vous connaissez cette chanson de Mickey 3D sur les gens trop gentils qui ne grillent pas les fils d'attente ou ne négocient pas dans les magasins ? Ceux-là qui paient leurs aggios sans pleurnicher? (Vous vous souvenez de Cyprien ? Cyprien est un ancier banquier. Cyprien avoue très sérieusement s'en vouloir mais n'avoir jamais autrement : ceux qui casquent pour ceux qui ne s'excusent pas, ce sont ceux qui s'excusent)
Ah! Les gentils ! La façon dont ils trépignent, impuissants et muets, en pouvant seulement feindre de ne pas voir qu'on les gruge parce que ça leur évite le déshonneur de ne pas protester. Car, quoiqu'il arrive, ils ne protestent pas. Par politesse, par peur de déranger. Bon ben voila, vous connaissez mon drame.
Difficile de reconnaître la gentillesse dans la rue, où on la confond avec un besoin incontrôlé d'amour qui fait fuir. "Me tenir la porte ? Mais dégagez de là, sale malade!!!". Dans les rapports humains, et notamment les rapports de travail, elle ressemble à s'y méprendre à de la faiblesse. En société, elle peut aussi cacher une bonne dose d'indifférence et de lâcheté. On se pardonne d'être trop bien élevé quand cela évite de reconnaître qu'on ne riposte pas (par principe) aux propos insultants d'un quidam, non pour ne pas faire d'esclandre, mais parce qu'on a peur de prendre un (par)pain(g) dans l'oignon. Ou parce qu'on a la flemme et/ou qu'on s'en fout.
Le gentil rêve d'une musculature de Terminator, des menottes de Robocop et de l'humour de John McClane pour casser les méchants en deux, les attacher et les humilier. Le gentil rêve. Le gentil ferait mieux de se constituer une base de données de vannes qui sèchent l'interlocuteur. Net.

Attention, les gentils pourront se permettre beaucoup plus de liberté de parole et de ton que les gentilles. J'ai un jour eu le malheur de répondre à un quidam qui me demandait "T'es mignonne, comment tu t'appelles ? Tu veux discuter ?", que je ne tutoyais que les gens avec qui j'ai des relations sexuelles et qu'il n'était donc pas concerné. Peu de gens connaissent Pierre Desproges. C'est ce qui m'est apparu alors que je croyais la vanne connue. Je vous épargne la suite d'une conversation vibrante d'insultes copieusement arrosées et un peu contradictoires (de "mignonne", j'ai très vite majoré en "boudin"... Voyez où nous mène le trou de la sécu et le prix des mutuelles : plus personne ne voit qu'à sa vue! ) Je ne le referai plus. Car d'une manière générale, les femmes ne devraient parler de sexe qu'entre elles. Surtout dans la rue. Mais c'est encore un autre sujet.

J'ai écrit ce poste pour tous les gentils qui trépignent. Qui n'ont jamais connu une colère heureuse. Ces colères libératrices dont les "autres" vous disent qu'elles font un bien fou mais que nous, les gentils, nous nous interdisons. Parce que lorsque nous nous mettons en colère c'est sans retour et que nous finissons par le regretter. Je voudrais leur rappeler que c'est pas grave. Que la ligneà ne pas franchir c'est celle de l'indifférence. Mais que pour le reste, la vie avec les pinailleurs, les scandaleux qui crient et qui réclament au restaurant et dans les magasins, les bagarreurs qui ont l'honneur sauf et la tronche en quinconce, c'est un calvaire et on la leur laisse, cette vie là. C'est vrai, quoi merde!

Non ?