dimanche 14 décembre 2008

Nanou contre les betteraves

Elles sont quatre, étroitement ficelées, crues qu'elles n'en peuvent plus.

Toutes les semaines c'est un nouveau défi. Depuis que j'ai adhéré à la coopérative bio d'Aniane et que je reçois mes paniers hebdomadaires en direct, c'est "j'ai pas peur" tous les mardis. Pour la citadine aguerrie que je suis, amoureuse des beaux produits et des marchés bien tenus, c'est un ravissement de savoir à présent à quoi ressemble un céleri quand on le sort de terre. C'est fabuleux d'apprendre à laver les carottes qui s'agrippent à leur sol, la mâche qui rigole quand on la lâche, et le poireau qui garde tout son terreau (bien pénible, le poireau aussi)... Bref, j'adopte des attitudes culinaires aux antipodes de mes habitudes et ça me plaît beaucoup. Car dans l'ordre, j'adore :

- observer un arrêt circonspect devant un légume inconnu. J'ai quatre familles de référence : les oignons, les courges, les choux, les raves et les tubercules. A chaque famille correspond un type de cuisson et des épices de référence. Et quand on sèche, on mélange. Mon truc pour ne jamais me tromper quand j'ajoute une épice à un plat ? (ça vaut des milliards et des intégrales d'Audiard, ça!) Je garde en bouche une cuillérée de sauce/légume/viande/pasta et je hume l'épice. Quand le nez et la bouche se rencontrent, c'est le goût et vous sentirez si ça le fait ou pas immédiatement.
Pour les nouvelles venues, les betteraves, je n'ai toujours pas le début d'une idée de comment ça se cuit (car je crois que ça se cuit...) mais j'apprends et j'aime apprendre.

-respecter le rythme des saisons. En l'espèce, j'ai fini par accueillir mes betteraves du début avec un enthousiasme dont j'ignorais être seulement capable et surtout pour des betteraves... Oui, mais elles sont survenues après cinq semaines ininterrompues de BLETTES. J'en déduis que la saison des blettes est finie et que le challenge aussi : inventer toutes les semaines une nouvelle recette pour consommer un légume qui n'est quand même pas super-super sexy à la base... Une fois sorti du "revenu-braisé" et de la tarte quichée, on peine un peu et surtout on peine longtemps quand la saison se prolonge! Mais c'est un challenge et j'aime le challenge.

-manger bon et sain. D'ailleurs j'arrête de fumer. Na!

jeudi 11 décembre 2008

Une irrésistible envie de Champagne

"En cas de victoire je le mérite, en cas de défaite, j'en ai besoin..." c'est ma devise, il était temps que vous fassiez connaissance. Je l'ai empruntée à Napoléon (l'empereur, pas le basset des Aristochats, andouille!). Pas comme cet empaffé de Churchill qui a prétendu l'avoir dit en premier ; j'en reste sans voix car la perfidie sans limite des Albionesques est de nature à nous laisser chaque jour sans voix. Toutefois aujourd'hui, je n'ai même pas le coeur à les haïr.
Moi qui ne donne jamais aux mendiants, j'ai ouvert mon porte-monnaie aujourd'hui à une femme sans retraite, sans mari (parti pour cause de radasse) et qui préfère taper les passants que ses enfants. Belle terreur que la mienne en me voyant sous les traits de cette femme bien mise et très digne, avec qui j'ai pleuré sur le parking du super U sans savoir si elle-même pleurait de reconnaissance d'être aidée, d'émotion d'être entendue, de honte ou de fatigue. En sortant de là, je ne savais plus moi-même si je devais rire de mon bonheur ou pleurer de son malheur, de peur pour plus tard et de la misère du monde. Vous ne voyez pas le rapport avec le Champagne ? Vous ne voyez pas le rapport avec un ingrédient de la vie qui sied aussi bien aux triomphes qu'au désespoir ? Si, là ça y est ?
Alors, oui j'ai acheté une bouteille de champagne. Et oui je la boirai ce soir dans mon appartement bien chaud en attendant l'homme que j'aime après avoir refermé derrière moi la porte d'un bureau où je suis très heureuse et bien rémunérée. C'est obscène mais je me dirai que s'il arrive malheur un jour j'aurai ce souvenir et cet âge d'or. Et je penserai très fort à cette femme en demandant à mon ange gardien de lui envoyer un petit coup de pouce.

lundi 8 décembre 2008

Mon petit côté Ghandi...

Ah ! L'intense solitude des conférences de presse ! Où l'on se souvient que les écoles de journalisme servent aussi trop souvent de déversoir au rebut des autres formations, où on va quand on ne sait pas quoi faire d'autre, c'était ça ou du droit, mais "c'est fatiguant le droit, il faut tout apprendre par coeur". De fait, peu de milieux rassemblent comme la presse autant de gens sans culture, sans curiosité et sans goût pour l'écriture, l'information, la mise en perspective. En général, ces moutons noirs, dont on aimerait tant qu'ils soient bien l'exception, ne sont pas des spécialistes qui ont appris l'écriture (ceux là l'abordent avec prudence et respect), mais des scribouillards pour qui l'écriture est un acquis tandis que les matières qu'ils couvrent sont seulement prétexte à pisser de la ligne.

Pardonnez-moi, j'en sors. Les conférences de presse, ça me galvanise. Pas parce que ça m'inspire de beaux sujets mais parce que "ça me donne envie d'envoyer des mandales dans la tronche à tout ce qui remue" (ce n'est pas de moi et j'en suis fort marrie)... Quand je pense à tous les discours sur la précarité du métier de journalisme, métier de peu d'élus, sans sécurité, sans salariat... Et quand je vois les minables qui en vivent très confortablement rassemblés dans la cohorte habituelle au rendez-vous des déjeuners tout frais payés, j'ai envie de taper à la première réaction débile. Et ça vient vite.

Je suis une femme, taillée dans une baguette, épaisse comme trois feuilles de papier calque collées par un parfum luxueux mais jamais entêtant (un petit bisou à moi, ça mange pas de pain...). Et bien j'ai eu droit tout le déjeuner durant à la surveillance étroite d'Aldo La Morale, mon éminent collègue récemment nommé au vin dans son quotidien après avoir excellé dans la rubrique auto-moto (là, je mens, j'aimerais qu'Aldo fût un transfuge d'une autre spécialité, mais non, en plus, cet emmerdeur s'occupe de vin depuis des années mais craint encore plus le gendarme... à moins qu'il n'ait déjà perdu trop de points à désobéir, lui aussi). Car Aldo n'a pas manqué de souligner chacun des deux verres de vin que j'ai bus au cours du repas, en plus du premier qui me faisait dépasser la limite légale, en espérant, à voix haute et avec forces coups de coude alentours, que je ne prenais pas le volant ensuite. Excédée, je lui ai servi ma toute nouvelle réponse aux pisse-vinaigre, directement soufflée par mes amies les licornes : "Cela s'appelle de la désobéissance civique, mon cher ami. Triste avenir que celui du vin si ses chantres n'en boivent plus, vous ne croyez pas ? ".

Appelez ça un prétexte à la beuverie si vous y tenez, pendant et après le repas, je marche et bois beaucoup d'eau et en cas de contrôle, j'assume, c'est tout. Alors, les commentaires du cher Aldo... comment dire... je les lui... du moins, il peut se les... Attendez, je vais bien trouver une formule idoine... Disons qu'étant donné que je ne vis que pour son approbation, je lui laisse toute liberté d'imaginer ce que je fais de son avis.

mardi 2 décembre 2008

Live from Bordeaux it's Tuesday morning!!!!

Je suis à Vinitech, Bordeaux-Lac, Bordeaux, France. Vinitech, c'est le mondial des tracteurs et des levures, c'est aussi le royaume des hommes en manque de chenilles et des femmes à flatulences. J'ai eu du mal à trouver de l'enthousiasme à venir à Vinitech. Et pourtant... Merveilleux salons du monde du vin, aussi tracto-pelles fussent-ils, car à partir de 10h45, c'est champagne pour tout le monde... Des abrutis qui se prennent au sérieux, aux hommes qui ont bâti des fortunes sur le concept de l'eau dans la grappe et qui vous toisent, vous retournent, vous vérifient avant de parler tout court. Deuxième et troisième examen de passage à prévoir si vous voulez parler business. Ca arrive en général assez vite dans la conversation car ces gens-là n'ont pas de temps à perdre.
Moi je ne les rencontre que pour parler. Je les interviewe et je parle de leur boite. C'est fantastique car ils n'ont que des gentillesses à mon égard, du coup. J'avoue que je me présente sous le titre de journaliste avec une certaine gêne ici. Car dans ces salons, le journaliste fait son beurre sur ceux qui agissent et appliquent la maxime : ceux qui ne savent pas parlent (ou écrivent) et ceux qui savent, font. C'est forcément génant. Sauf quand on se retrouve aface à un abruti complet qui est le client de votre entreprise, qui en conclut que le client est roi et qu'il a tous les droits sur vous. Je sors d'un entretien pathétique avec un vrai gagneur : "Vous devez parler de cet ami à moi, son projet fait huit millions de CA par an. Donc c'est validé." Comment lui dire que c'est malgré tout de la merde et que le nombre d'entrées de Taxi ne me fait pas regarder Taxi ? Aucun d'entre eux ? J'y ai renoncé. On fait des cadeaux à nos clients pour Noël. Une intégrale s'impose...