lundi 7 avril 2008

Lundi 7 avril 2008 : Pas la moindre...

"On peut parfaitement vivre sans la moindre espèce de culture" disait mon cher et tendre amour, Pierre D. Il faut être vachement cultivé pour affirmer un truc pareil. Car, vous avez remarqué, moins on en a, plus on l'étale... C'est donc qu'il doit être très difficile, en réalité, de vivre sans la moindre espèce de culture. Que dis-je, de survivre, et avec quelle agressivité...
Les gens sans culture, il s'en croise des fourgons entiers. A ne pas confondre avec ces gens qui se disent sans culture mais qui savent encore les animaux malades de la peste et qui vous confient soudain leur passion pour les portraits de Fabre ou les bronzes de Pompon... en pleins résultats de la Nouvelle Star Académy!! On peut toujours espérer la surprise en matière de culture.
Sauf chez les petits coqs. Mais, si, les petits coqs. Les merdeux, les petits cons, les crétins qui se croient beaux. Les connards qui ont décidé qu'ils allaient vous apprendre la vie. Parfois ce sont des connasses. Mais dans mon milieu professionel essentiellement masculin et viscéralement machiste, ce sont majoritairement des connards. Vous n'aviez pas encore remarqué que j'adore les adverbes ? Bien, ça, c'est fait.
On reconnaît le médiocre à sa véhémence à vous montrer qu'il a raison à n'importe quel prix. J'appelle "médiocres" les gens sans culture parce que sans curiosité. Je ne suis pas un puits de science et, au beau milieu de mon intense amour de moi-même, je trouve encore la force de n'avoir pas la prétention de l'être. Remarquable, non ? Car nous autres, gens de culture, avons en commun cette humilité face à ce qu'on ne sait pas et la curiosité d'en apprendre plus. Les petits coqs présentent la démoniaque particularité d'être démunis de ces deux qualités. Et l'assommant besoin d'en mettre plein la vue, en particulier lorsqu'il s'agit de ne pas reconnaître qu'ils ne savent pas. Ils sont chinois dans leur rage de ne pas perdre la face. Et carrément huns dans leur volonté de vous écrabouiller de leur peu de science. Mais n'est pas Attila qui veut.

Mon apprenti Attila du jour s'appelle Cyprien. Un prénom dont la douceur ment. J'ai tout de suite flairé chez lui le coquelet de batterie. Il est chez nous pour participer au développement d'un de nos supports. Il doit relire notre lettre électronique et notamment mon edito. Je n'aime pas qu'on relise mon edito. Je suis humble et curieuse, certes, mais je suis aussi SUSCEPTIBLE.
Je veux savoir si je me suis trompée sur Cyprien. Je lui tends un piège infâme. Je signale dans mon édito qu'un "débat sourd sur la légalité de l'information sur la dive bouteille". Depuis la loi Evin il est en effet de plus en plus difficile de parler pinard jusque sur le net. En employant la troisième personne du singulier du très inusité verbe "sourdre", j'ai tendu un vilain piège à Cyprien car je me doute qu'il tiquera sur ce mot qu'il ne connaît pas et qu'il déduira de son ignorance qu'elle ne peut venir que d'une erreur de ma part. Et qu'il ne vérifiera même pas. Et ça marche. Trois clics plus loin, la réponse de Cyprien me parvient. Il note trois corrections à effectuer dans les plus brefs délais. TROIS? Oui, car en ouverture de mon edito, j'ai laissé passer "les occasions de d'ouvrir"... Noooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon... Il fallait que le reste de l'edito soit irréprochable pour pouvoir faire une réponse méprisante... Nous voila en match nul!! Mais non... il dit "trois" corrections... La deuxième concerne "sourdre", ça ne loupe pas. Il ne sait pas ce que c'est, c'est donc incorrect. Mais là où il dépasse mes espoirs, c'est pour la "dive bouteille" qu'il range également parmi les erreurs. Je lui soigne donc la réponse qui suit.

Bonjour Cyprien et un grand merci de votre attention pour l’édito de [la lettre]. J’ai bien corrigé la faute de frappe « de d’ouvrir » et vous remercie beaucoup de nous l’avoir signalée. En revanche « sourd » est bien la troisième personne du verbe « sourdre » au présent de l’indicatif. Quant à « la dive bouteille », cette expression vient d’un traité de Rabelais du même nom. Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et vous remercie encore de votre vigilance.Cordialement,

Classieux tout de même ? Bon alors leçon numéro 2, puisqu'on sait que le petit con est, par essence, dépourvu d'humilité et ne craindra pas de braver le ridicule pour avoir l'air de ne pas perdre la face, pourquoi continuer à espérer qu'il admettra avoir eu tort ? Cyprien m'en fournit une illustration d'une perfection irréelle.

Bonjour,
Pas de pb pour les fautes de frappe, et pour le même prix je vous en signale même qui n’en sont pas !! Donc profitez-en !
J’ai appris un nouveau terme aujourd’hui : sourdre = jaillir d’après mon dico en ligne. Et pour la dive bouteille je me doutais qu’il y a avait quelque chose ayant déjà entendu l’expression quelque part… J’ai lu le court passage dans le cinquième livre !
Mes excuses pour ces mauvaises compréhensions, je pense ne pas être le seul, ou alors c’est mon manque d’expérience de vos éditos !


J'ai félicité Cyprien de prendre ainsi sa culture en main (faut pas pousser) mais n'ai pas davantage relevé. Une réponse sans rien à voir et blessante pour le plaisir devrait me parvenir sous sept minutes trente. Il faudra alors trouver la force de ne pas répondre. De ne pas se laisser gagner par le petit-coquisme primaire et viscéral. Par manque de testostérone en vadrouille. Fort heureusement, j'ai sur Cyprien un avantage considérable en la matière : quand un connard veut me faire jouer au plus con, je me régale de le laisser gagner.

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