Laurent Vaillé est de ces hommes qu'on croise une fois et qui vous marquent à vie. Vous les rencontrez et vous les voulez comme mentor. Ils lâchent des phrases qui vous reviennent encore et encore, que vous n'oubliez jamais. Vous saoulez votre entourage à leur raconter encore et encore les mots du maître.
Alors étudiante, j'ai eu le privilège d'être accueillie chez lui à Aniane pour une visite de ses chais. Le temps ne se prêtait pas à une visite dans les vignes... Hélas! Il nous avait fait goûter sur fût un Mourvèdre rayonnant de complexité épicée. Tandis que nous vantions sa richesse et sa fraîcheur aussi, il avait souri, goguenard : non, le vin ne faisait pas ses 16°. Une claque !
Depuis, je n'avais pas regoûté ses vins, tant ils sont rares et tant l'Italie m'a tenue loin des grands vins du Languedoc. On ne peut pas être partout.
Sur la carte des vins de la Réserve Rimbaud, la Grange des Pères 2004 trônait, irrésistible tentatrice. Je n'ai pas résisté. Une petite conversation avec la sommelière, délicieuse d'à propos, et la voila partie vérifier si d'autres millésimes ne seraient pas disponibles. Elle est revenue avec cette rareté, cette splendeur. On débouche, on carafe, on finit le champagne, le temps que la Grange respire un peu. Une explosion nous attend. Une explosion d'harmonie dans le fondu de tous les éléments. Monolithique? oh non! Mais quelle puissance et quelle parfaite intégration du bois, du fruit, des épices et des tannins. Impossible de vous le décrire en "notes de prune du Japon et de mure sauvage du Kansas" (croyez moi, pourtant, j'adorerais!). Car sur des vins d'une telle finesse et de cette maturité, on a passé le stade de décrire le boisé côté vanille ou toast et les épices par le poivre et la cannelle. On est dans un autre registre de complexité où le vin goûte des images et respire des textures. Les composants du vin sont fondus et les sens qui les perçoivent se répondent et s'emmêlent aussi.
Vieux reflexe de dégustatrice à l'aveugle, j'écoute les mots que crie le vin, qui me guideraient si je ne savais déjà d'où il vient. Il me parle d'ailleurs, du côté d'Alba. Laurent m'en voudrait sans doute. Et c'est un affront fait à Aniane. Mais pardon, je n'ai jamais rien goûté de tel en Languedoc. Je n'ai jamais rien goûté de tel tout court. En rédigeant ce post, je le sens encore. Hier, alors que tombait sous les pins un soir tiède et moite, je le sentais autour de moi, encore dans mon nez, encore dans ma bouche. Tu parles d'une longueur phénoménale ! On parle de retours d'acide, je parle de retour de Grange! Et l'invite à revenir quand elle veut, dès qu'elle peut, j'y serai.
Vous l'aurez compris, après un déjeuner comme celui-ci, on se sent forcément béni et invincible.
Alors étudiante, j'ai eu le privilège d'être accueillie chez lui à Aniane pour une visite de ses chais. Le temps ne se prêtait pas à une visite dans les vignes... Hélas! Il nous avait fait goûter sur fût un Mourvèdre rayonnant de complexité épicée. Tandis que nous vantions sa richesse et sa fraîcheur aussi, il avait souri, goguenard : non, le vin ne faisait pas ses 16°. Une claque !
Depuis, je n'avais pas regoûté ses vins, tant ils sont rares et tant l'Italie m'a tenue loin des grands vins du Languedoc. On ne peut pas être partout.
Sur la carte des vins de la Réserve Rimbaud, la Grange des Pères 2004 trônait, irrésistible tentatrice. Je n'ai pas résisté. Une petite conversation avec la sommelière, délicieuse d'à propos, et la voila partie vérifier si d'autres millésimes ne seraient pas disponibles. Elle est revenue avec cette rareté, cette splendeur. On débouche, on carafe, on finit le champagne, le temps que la Grange respire un peu. Une explosion nous attend. Une explosion d'harmonie dans le fondu de tous les éléments. Monolithique? oh non! Mais quelle puissance et quelle parfaite intégration du bois, du fruit, des épices et des tannins. Impossible de vous le décrire en "notes de prune du Japon et de mure sauvage du Kansas" (croyez moi, pourtant, j'adorerais!). Car sur des vins d'une telle finesse et de cette maturité, on a passé le stade de décrire le boisé côté vanille ou toast et les épices par le poivre et la cannelle. On est dans un autre registre de complexité où le vin goûte des images et respire des textures. Les composants du vin sont fondus et les sens qui les perçoivent se répondent et s'emmêlent aussi.
Vieux reflexe de dégustatrice à l'aveugle, j'écoute les mots que crie le vin, qui me guideraient si je ne savais déjà d'où il vient. Il me parle d'ailleurs, du côté d'Alba. Laurent m'en voudrait sans doute. Et c'est un affront fait à Aniane. Mais pardon, je n'ai jamais rien goûté de tel en Languedoc. Je n'ai jamais rien goûté de tel tout court. En rédigeant ce post, je le sens encore. Hier, alors que tombait sous les pins un soir tiède et moite, je le sentais autour de moi, encore dans mon nez, encore dans ma bouche. Tu parles d'une longueur phénoménale ! On parle de retours d'acide, je parle de retour de Grange! Et l'invite à revenir quand elle veut, dès qu'elle peut, j'y serai.
Vous l'aurez compris, après un déjeuner comme celui-ci, on se sent forcément béni et invincible.
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