lundi 17 mars 2008

15 Mars 2008 : Crédit-tapis à taux plancher

La chasse au crédit immobilier est un sport de haut vol qui ne se pratique pas à la légère. C'est une battue autant qu'une chasse à courre, il faut fourbir ses armes, appâter le banquier et savoir sonner l'hallali.
Samedi, je me suis livrée à une séance fantastique, sur un domaine de choix, étendu et giboyeux : le Salon de l'Immobilier au Corum de Montpellier. Bien habillée (jeans-bottes, petite veste sur pull rayé) un peu sport, carrément cavalière. Cavalière, parce que petitun c'est une chasse à courre et le gibier doit sentir que la traque est lancée, que mon cheval n'est pas loin. Et puis cavalière parce que petideux je ne me mets pas sur mon 31 quand c'est moi qu'il faut séduire. Mélangeons pas. Ma montre, mes chaussures et mon sac se chargent d'afficher mon aisance. Je suis pas là pour déconner, j'ai un cheval garé en double file (il est gris, il est coupé, il est sellé de cuir, il s'appelle Princesse).
Je suis entrée dans le bois, prévenue qu'une intense séance de discutage de bout de gras ne serait pas à exclure. J'ai en effet commencé par demander mon crédit à ma banque toute bête où ma conseillère m'a proposé un taux effarant en m'expliquant "Je ne peux pas descendre en dessous sans proposition de la concurrence". Hé bé pétard! En avant!

Taux d'intérêt et coût de l'assurance, souplesse d'ajustement des remboursements, qualité du contact, voila ce qui déterminera mon choix. Les uns et les autres marquent plus ou moins haut ici et là. Mais la palme de la négociation la plus hilarante revient à un sémillant sous-fifre qui a très élégamment plombé tout le crédit que j'accordais (oui, moi aussi, j'accorde du crédit, merde alors!) jusqu'ici à la banque qu'il représente. A sa décharge, je dois reconnaitre qu'il est entré dans ma vie avec un sérieux handicap, en butte au plus rédhibitoire des a priori dont je me rends consciemment coupable. Il s'appelle Dimitri. J'ai cru aimer un Dimitri une fois et me suis juré ensuite de me méfier de tous les autres comme de la peste. Au point que, mentalement, je couvre à présent chaque Dimitri que je croise d'infâmes bubons que Camus n'eût pas reniés.

Donc, voilà ce fringuant commercial à gourmette, par mes soins bubonneux pour mes yeux seulement, à qui je déblatère les renseignements d'usage : appartement, résidence principale, coût total, apport, revenu, durée du crédit. Il m'annonce un taux exorbitant, je souris, il confirme "Mademoiselle, on ne peut pas descendre en-dessous de 5% compte tenu de l'état du marché", je me lève en lui lançant que puisque la Banque Populaire me propose 4,65 %, nous n'avons plus rien à nous dire. Grande scène de l'acte 5. Il me rattrape, son front soudain barré d'un pli soucieux, dans lequel se glisse une goutte de sueur, reflet de son angoisse. Dans sa voix, l'accent de la vérité du type qui déclare sa flamme à la jeune fille en fleur qu'il compte tringler dans les toilettes de la boite de nuit. Il me dit que la décision ne relève pas de lui, qu'il faut en référer en haut lieu. Pas étonnée, je savais déjà que je n'avais pas affaire au bon interlocuteur. Mais il est si drôle.

Il part sur la pointe des pieds accoster un senior à gourmette plus volumineuse, signe de son statut de dominant. Ils s'enferment dans la baraque du stand où sont rangés les gobelets, la machine à eau et les cartons de vin pour les négociations au sommet qui suivent la fermeture du salon. Dimitri ressort, je lis sa satisfaction, il me décoche un regard de prédateur qui sait sa proie à sa merci. Il n'a pas encore compris qui tient le fusil. Et me présente un papier sur lequel est inscrit "4,70 %". Sur lequel le dominant à grosse gourmette viendra apposer sa signature et son cachet. Depuis la médina de Casablanca, je n'avais plus vu ça. Ça ne me manquait d'ailleurs pas du tout.

Mais Dimitri ne s'arrête pas là. Sûr du caractère irrésistible de sa proposition, il précise que, dans ces conditions, irrésistibles, encore une fois, "on apprécie dans notre banque que vous preniez également votre assurance habitation chez nous...". On apprécie ? Les concurrents m'ont affiché leur tarif : si vous avez un compte courant chez nous, comptez un dixième de point de moins sur votre taux de base, pour une assurance, deux dixièmes. Mais chez Dimitri, "on apprécie". Je remercie Guignol avant de prendre congé. Il m'offre un stylo ET le porte-clé à jeton pour le caddie. Les autres, il leur faut choisir, mais pas moi, confie-t-il avec cet accent de sincérité qui lui va comme la gale aux Pouilles*. Comment résister davantage?


*Pardon à mes amis des Pouilles qui pourraient se méprendre, la gale ne va pas aux Pouilles, comme l'air de la sincérité ne va pas à Dimitri. Pour mes amis incultes, les Pouilles sont un fort belle région du Sud de l'Italie, dont je pourrai vous rapporter de somptueuses photos dès qu'un consorzio aura eu la bonté de m'y inviter.

1 commentaire:

Stéf a dit…

Comment ne pas sourire, rire, ou s'esclaffer en lisant cette nouvelle aventure de Nanou au pays de la vraie vie ? Description savoureuse, situations hilarantes, psychologie des intervenants teintée de sarcasmes et d'ironie qui aurait sans doute plu à Desproges s'il avait vécu assez longtemps pour connaître les blogs. J'aurais aimé inventé les blogs et ce, plus tôt pour qu'il puisse nous inonder chaque jour de bons et beaux mots. Heureusement Nanou est là ... Dieu merci bien qu'il n'y soit pour rien. D'ailleurs il n'est pour rien à rien puisqu'il est rien. Mais ce serait trop long à expliquer.